Sorties en famille

Toute seule chez moi

Il y a quelques années, quand le papa de Lucien partait travailler de nuit, je me sentais seule avec un bébé tout neuf à gérer. Ce soir, depuis plusieurs nuits déjà, je me sens seule à nouveau. L’absence de son papa, c’est moi qui l’ai voulue. Mais celle de mon fils est vraiment difficile à gérer. Et pourtant, j’ai l’habitude de ces escales loin de tout le monde… Mais être sans mon fils chez moi, ça, c’est nouveau.

Je pense à Amélie et à son très beau billet sur sa maternité en veille, et je sais que je ne suis pas seule. Seulement savoir que d’autres, même ses amies, traversent la même épreuve, n’est pas un réconfort assez important quand ça ne va pas. Je pensais être forte, je pensais que ça serai comme partir en vol. Mais non, ça n’a rien à voir, et lors de ma semaine de maman orpheline de fils, je tourne en rond. Je ne sais même pas comment occuper mes journées, ou pire, mes soirées.

Il n’est pas là pour se relever mille fois en réclamant de dormir avec moi. Il n’essaye pas de me faire son chantage aux grands yeux verts qui fonctionne si bien sur moi, victime consentante de la tyrannie du soir de mon Lucien adoré. Il ne me supplie pas de laisser la porte ouverte. Il ne se divertit pas avec ses doudous jusqu’à des heures indues, rejouant avec eux les scènes que nous venons de vivre tous les deux.

Et pourtant, lorsque je m’allonge dans mon lit, je lui laisse une place virtuelle. Souvent même juste avant, je respire à fond son oreiller. Je rêve qu’il a gagné, qu’il est là collé à moi et que lorsqu’il se retourne il me donne un coup avec son coude, m’assommant à moitié. La porte reste ouverte, sa veilleuse sabre laser est allumée. Et je crois l’entendre jouer avec ses peluches. Il dit à son petit chat qu’il l’aime et qu’il le rejoindra dans ses rêves, il explique à son lapin blanc que maintenant il est grand, qu’il doit dormir bien vite. Et son ours brun lui murmure à l’oreille qu’il a cinq ans maintenant, et que bientôt, il ne mettra plus de couche pour dormir…

Mon tout petit dans cet autre lit là bas, tu me manques atrocement…

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