Sorties en famille

L’homme qui hurlait tous les soirs

Dans mon tout nouveau et tout petit appartement, j’essaye depuis quelques semaines de prendre mes marques et les rênes de ma vie. Toutes mes affaires ne sont pas encore là, mais la chambre de mon fils est douillette et accueillante. C’était le plus important pour moi, qu’il s’y sente bien. Et c’est le cas. Pour moi en revanche c’est autre chose.

J’ai accepté cet appartement parce que… c’est le premier où mon dossier est passé. Et il est juste à côté de l’école de Lulu. Dans l’urgence, je n’ai même pas remarqué ses défauts, c’était toujours mieux que l’hôtel et mon petit garçon avait sa chambre. Une grande cuisine et des placards. En rez-de-chaussée, avec des fenêtres fermant mal donnant sur deux cours. Volets ouverts ou fermés il fait nuit chez moi. Et il fait frais… J’ai dû investir pour rétablir une température normale.

Le gros soucis de cet appartement, outre sa petite taille, et le fait que je n’arriverai jamais à caser toutes mes affaires, c’est qu’il jouxte le local poubelle. Et que mes voisins, 45 appartements, se plaisent à jeter leurs bouteilles en verre à des heures inimaginables. Le dernier, cette nuit, à 2H35… J’hésite à mettre un petit panneau sur la porte, mais j’ai peur que ça soit pire !

Et puis il y a les gens, les habitants, mes voisins. Une a déjà déménagé, je n’ai eu le temps d’échanger que quelques mots et de lui prêter mon sucre. La vieille femme du premier et l’homme du quatrième sont des perles, ils me gardent mes colis, quand ils peuvent, au point que j’ai perdu le fil, nombreux sont surement ceux qui ont du retourner chez le marchand, oubliés dans le fond d’une salle obscure à la poste du quartier ! Ils surveillent également les allées et venues dans l’immeuble, ainsi j’ai pu me rendre compte alors que j’étais en vol qu’une autre agence continuait de le faire visiter, et qu’une clé était en possession d’étrangers. Je l’ai récupérée depuis, grâce à mes voisins.

Et il y a cet homme, cet homme qui tous les soirs, à la même heure, hurle. Il n’est pas dans mon immeuble, mais dans celui d’en face. Sa voix est éraillée à force d’être poussée à bout. Je ne comprends pas ses mots, inintellegibles, mais il semble furieux. Il en veux à quelqu’un ou à la terre entière. Il ne doit pas avoir toute sa tête et semble malheureux. Je ne comprends pas qu’on puisse vivre entouré d’autant de monde et continuer à hurler dans l’indifférence la plus totale. Ca ne dure que quelques minutes, mon fils ne l’a jamais entendu, à cette heure-ci il dort.

Un jour, lorsque les choses se seront apaisées dans ma vie, je partirai, et l’homme continuera de hurler, isolé au milieu de ses pairs, orphelin, retiré, délaissé, perdu.

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