
Aujourd’hui, je me suis rendue dans un endroit où l’on m’a fait dormir. Je manque de sommeil, c’est la dure réalité de la plupart des parents, et ces quelques minutes de sommeil absolu me ravissaient… Une vingtaine de minutes si tout se passe bien… Quelques instants précieux où je dormirai profondément, sans me soucier de rien, mon cerveau faisant enfin une vraie pause.
Surtout, ne pas réfléchir. C’est pour la bonne cause, je m’y rends pour agrandir ma famille, car je ne peux le faire de façon naturelle, Dame nature ne faisant pas partie de mes amies les plus intimes. Une anesthésie générale pour recueillir mes précieuses gamètes… C’est donc avec plaisir que je me suis couchée, la veille de l’intervention, en pensant à tout ce que cette journée allait m’apporter…
Et au milieu de la nuit, mon fils s’est réveillé… Je lui ai donné un biberon, comme cela arrive si souvent, vous le savez déjà… Puis je l’ai recouché, et là j’ai commencé à voir les choses d’une autre façon… J’ai même presque eu peur… Et si je ne me réveillais pas !
Mon coeur s’accélère, je ne dois pas penser à ça ! L’anesthésie est légère, je l’ai déjà vécue plusieurs fois sans aucun soucis… Tellement légère même que la première fois je me suis éveillée au beau milieu de l’intervention ! Alors mes pensées sont irrationnelles, il faut que je me reprenne ! Le stress est mauvais pour mes ovocytes !
Je me prépare le coeur lourd, je suis très fatiguée ce qui n’arrange rien… J’ai peur d’être en retard, j’ai peur d’avoir oublié des papiers, j’ai peur que tout ne se passe pas bien, j’ai peur, j’ai peur, j’ai peur !
Me calmer, me détendre… Nous arrivons, nous nous attelons à remplir le dossier d’admission… Il y a de nombreuses pages et cela contribue à me détendre, je suis concentrée pour ne pas écrire n’importe quoi… L’équipe médicale a pris beaucoup de retard, un bug informatique et un manque de personnel si j’ai bien compris. Je suis énervée, j’ai peur d’ovuler avant d’arriver au bloc. Au moins je ne pense à rien d’autre…
A peine arrivée dans ma chambre, je me change et le brancardier, antillais, arrive… Très sympa, il me fait rire, et me demande si j’ai des billets gratuits pour lui !!! Je suis détendue, dans mon élément ! Merci à ce jeune homme ! Je rentre en salle d’opération, on me pose la perf, je suis installée en position gynécologique… Je suis prête…
L’anesthésiste commence à diffuser le produit qui m’enverra dans les limbes, je le sens, c’est froid et ça remonte dans ma veine le long de mon bras ! Il me dit à toute à l’heure, je lui répond que je l’espère, il sourit, il comprend, il a l’habitude… Un goût doux amer envahit ma bouche, mes narines respirent cette odeur, cela ne va pas tarder, je vais m’endormir…
Je pense à une chose positive comme on me le suggère, avant de plonger dans ce sommeil sans rêve… Je revois mon fils, la tête penchée sur le côté, approcher son visage du mien, poser ses petites mains sur mes joues, frotter son nez tout doux sur le mien, le sourire au lèvres, qui me dit: « eu t’aime cré fort maman ! »… Je m’endors détendue, apaisée, je n’ai plus peur, grâce à ce petit bonhomme… Je suis prête pour affronter le grand sommeil…

