
Ah ça, oui, quel métier !!! Je suis hôtesse de l’air (je le précise pour les 3 ou 4 assis au fond entre le radiateur et la fenêtre qui n’auraient rien écouté depuis le début !), et ça fait rêver plus d’une petite fille (une poignée de garçons également, je vous rassure !). Toutes petites, lorsque l’on demande aux jeunes filles ce qu’elles souhaitent faire lorsqu’elles seront grandes, elles répondent tantôt maîtresse, tantôt vétérinaires, ou bien encore princesse (une profession qui a de l’avenir !), chanteuse ou hôtesse de l’air ! C’est incontestablement dans le top 5 des professions les plus convoitées par nos enfants !
Du rêve, certain(e)s passent à la réalité… Et là, je pense que soit c’est une véritable révélation, soit la descente et le retour à la réalité est rude. Je pense que ce métier n’est pas fait pour tout le monde pour commencer. Il faut en effet supporter de ne plus jamais faire les choses comme tout le monde… Pas de courses le samedi ni de ménage le dimanche. En général ces jours là, c’est travail, ou piscine, ou magasins, ou resto entre collègues… Il m’est arrivé une fois de me retrouver chez Ikéa et le magasin était bondé. J’ai mis un temps fou à comprendre que nous étions dimanche ! Oui, d’habitude c’est plutôt les jours de semaines que j’ai de libres ! Comprenez aussi qu’avoir ses week-end est rare ! Ne parlons même pas des jours fériés, ça ne fait pas partie de notre vocabulaire !
Parfois, on s’éloigne de ses amis, qui finissent par se lasser de toujours s’entendre répondre, après vous avoir proposé un dîner ou une sortie, que vous n’êtes pas là, ou que vous êtes trop fatiguée… Avant les réseaux sociaux, on faisait un tri monumental dans ses connaissances en quelques mois ! Maintenant, on parvient mieux à garder le contact… En plus nous pouvons montrer nos photos d’escale en train de bronzer au bord de la piscine, un mojito à la main, une pédicure magnifique à 5€ aux pieds, alors qu’en France il fait 3°C !
Souvent, nous sommes à contre-sens des embouteillages sur la route… Le matin, lorsque la plupart vont travailler, nous rentrons chez nous. Si nous ne sommes pas encore parents, nous dormons pour récupérer de la nuit blanche debout et en l’air. Si nous sommes parents, la journée de retour de vol est interminable ! Tenir éveillée est presque un combat ! En général, je flanche à la mi-journée, et m’endors bien malgré moi… Ne pas s’asseoir, ne pas se poser, sinon, coma assuré ! Ou alors, attendre la sieste du fiston ! Le soir, nous allons travailler, vous allez vous coucher. Les voisins vous ont vu toute la journée, ils croient que vous ne faites rien… Mais ils n’imaginent pas les 14 heures qui vous attendent !
Oui, nos journées de travail, si elles reviennent moins souvent, durent un peu plus que 8 heures… Elles peuvent s’étirer presque indéfiniment, 10, 12, 14, et parfois même plus, beaucoup plus ! Et au petit matin, au moment de servir le petit déjeuner à nos clients, on se sens parfois si mal intérieurement, qu’on se demande si on va continuer à exercer ce métier… C’est souvent à ce moment là qu’on nous demande comment on fait pour être aussi fraîches !!! Heu… Oui, quelques fois, c’est dur, vraiment !
Bon, en compensation, on visite le monde entier, nous parcourons la planète 4, 5 voire 6 fois par mois, sans relâche, toute l’année ! Les destinations où nous nous rendons vous font rêver, nous aussi, presque toujours ! Beyrouth, Lagos, Port Harcourt, Luanda, Caracas, où nous sommes escortés par des hommes armés pour assurer notre protection. Rassurant, certes, même si nous préférons les destinations où nous n’avons pas besoin d’être rassurés ! Les pays en guerre, des maladies, des catastrophes en tout genre… Je pense à mes collègues évacués en hélicoptère de leur hôtel, entre deux rafales de mitraillettes… Je pense à cet équipage coincé dans cet hôtel où des terroristes tuaient tout le monde, chacun dans sa chambre, sans aucun moyen de communiquer entre eux…
Les pays en guerre, c’est rare, mais ça ne prévient pas, alors lorsque le contexte géo-politique n’est pas très stable, nous ne sommes pas vraiment à l’aise… Il y a les maladies aussi, parce que les pays où nous nous rendons renferment de bien jolies surprises. Ma collègue décédée du palu aurait sans doute aimé être là pour vous en parler… Mon ami adoré qui a développé un champignon dans les poumons me manque terriblement…
Les guerres, les insectes, les maladies, mais aussi les accidents… Les accidents de voiture, sur la route, par peur de manquer un vol, ou au retour, trop fatigués pour garder les yeux ouverts après une longue nuit blanche… Et d’autres sortes d’accidents, plus spectaculaires, plus médiatiques… Ces collègues disparus sont dans nos coeurs et dans nos têtes… Nous y pensons très souvent. A leurs familles aussi…
Malgré tout ça, années après années, nous continuons à faire notre métier avec amour, avec passion. Nous l’avons dans la peau ! Nous chouchoutons nos passagers, leur donnons beaucoup de nous mêmes. Nous ne sommes satisfaits que lorsqu’ils sortent de l’avion le sourire aux lèvres, contents d’être en vacances, reposés. C’est ce qui nous fait continuer, et qui nous redonne l’envie de donner ! Je ne pourrai exercer un autre métier que celui d’hôtesse de l’air, il est si riche !
J’aime ses imprévus, les rencontres, les différentes cultures… J’aime passer beaucoup de temps avec mon fils, avoir la possibilité de participer à sa vie scolaire, et être obligée de laisser son papa s’en occuper pleinement, comme il le souhaite. C’est tellement bon de les revoir après les avoir quittés ! J’aime les grasses matinées hebdomadaires, j’aime ces moments où je n’ai rien d’autre à faire que de penser à moi. J’aime pouvoir prendre soin de moi, faire des soins, des massages, et du sport… J’aime avoir parfois l’impression d’être en vacances tout en travaillant, et me lier d’amitié avec mes collègues du jour… J’aime ce métier et j’aime le faire bien… Et je ne suis pas seule !
Et puis il y a ce moment où un virus nous prive du bonheur de sillonner la planète. Nous tenons à ramener tout le monde, touristes imprudents et collègues. Jusqu’au dernier jour, il y a ceux qui peuvent le faire, et ceux qui ne le peuvent pas. Personne ne doit juger. On n’est pas l’armée. On a le droit d’avoir peur, mais on a le droit de partir aussi, et on se protège comme on peut. Pour ma part ça y est, le grand shut down a commencé. Plus aucun vol sur le planning, et personne ne sait quand ça reprendra. J’aime mon métier et je l’aime encore plus parce que je ne peux plus l’exercer. J’ai raccroché mes ailes, mais pas trop loin, à portée de main, pour ne pas oublier que je suis toujours hôtesse de l’air !

