Escales

Le fantasme de l’hôtesse de l’air

Depuis des semaines, pour assurer la promotion de mon livre, je me plie à la loi des interviews et réponds bien sagement aux questions qu’on me pose sur mon recueil d’anecdotes, sur ma vie de maman, et sur mon métier. Et croyez le ou non, la question qui revient le plus souvent, c’est : « Pourquoi l’hôtesse de l’air fait-elle fantasmer ? »… Je ne m’étais jamais posé cette question avant. Mais en effet, il faut bien l’avouer, ma profession fait rêver les petites filles, et… leurs papas !

D’où vient ce fantasme de l’hotesse de l’air ? Pourquoi ce métier fait il saliver les hommes ? Pourquoi avons nous cette réputation sulfureuse ? Il me faut remonter à la genèse de ce métier, au temps où l’élite des populations seulement voyageait au vu du prix des voyages, et où les hôtesses de l’air étaient assez… décoratives !

De jeunes et jolies femmes célibataires, sans enfants, cultivées, raffinées et élégantes qui accueillaient les clients fortunés et chanceux à bord des aéronefs. Des tailleurs de grands couturiers, des avions aux cabines luxueuses. Ces jeunes femmes étaient là pour rassurer des clients majoritairement masculins. C’était à l’époque un métier d’apparat pour de nombreuses jeunes filles qui rêvaient de voyages et de belles rencontres avec des hommes riches !

L’hôtesse de l’air était également l’archétype de la féminité. C’est un peu moins le cas de nos jours je pense, mais à l’époque, les hôtesses de la vieille Pan Am par exemple, belles, parfaites dans leur uniforme, éduquées, maternelles, toujours souriantes, donnaient certainement de drôles d’idées à leurs passagers ! Certains même souffrent d’un complexe quasiment oedipien : ils voudraient se faire chouchouter comme des enfants par une belle et douce maman, qu’ils aimeraient attirer dans les toilettes comme une vulgaire prostituée.

Plus tard, Emmanuelle, héroïne d’une série de films sensuels est rentrée dans le fameux club des 10000 dont on me parle si souvent en interview. Pour faire partie de ce fameux club, il faut avoir consommé du sexe a plus de 10000 mètres d’altitude, soit en croisière d’un vol long courrier ! Comme dans le film Emmanuelle, les toilettes sont l’endroit le plus pratique (pas forcément le plus propre), mais attention en cas de dépressurisation ou de fortes turbulences, les blessures pourraient être assez importantes ! Commettre des actes sexuels sur son siège est encore moins prudent, lors de mon dernier vol nous étions cinq membres d’équipage à rire comme des ados en surveillant le passage à l’acte !

Notre belle profession et nos avions sont donc auréolés de sensualité et il n’en faut pas plus pour en faire un véritable fantasme ! L’uniforme, qui nous donne une silhouette harmonieuse et nous confère un certain pouvoir, une autorité sur nos passagers, fait craquer ces messieurs. Souvent, on se rend bien compte que peu importe notre physique, ils ne le voient même pas. Quand un homme se met à bord à draguer successivement toutes les hôtesses de l’air de l’équipage, c’est la profession qui le charme, pas la femme en tant qu’individu !

Parfois nous nous sentons flattées, mais la plupart du temps, sous couvert d’humour, c’est juste lourd. Nous sommes là pour servir nos clients certes, mais dans le cadre de ce qui est prévu: un apéritif, un repas, une collation. La sécurité, le commercial, et de retour à la maison nos familles nous attendent! Dans ma compagnie, la moyenne d’âge est de 42,9 ans. Nous ne sommes plus des lapins de 6 semaines et les heures de vols avalées nous ont donné de la répartie. Nous ne nous laissons plus faire par ces vieux barbons libidineux qui autrefois se seraient autorisés à des mains baladeuses par exemple !

Ces clients sont souvent des hommes d’affaires qui voyagent trop et trop loin de leurs femmes pour se souvenir de leurs promesses, et qui ont 12 heures pour rêver la tromper avec ces jolies femmes impeccables. Les mêmes que l’on retrouve en « soirée réunion » dans les bars un peu chauds d’Orchard road a Singapour ! Leur imagination fertile et débordante fait de nous le symbole de la femme libre qui voyage à l’autre bout du monde et qui en profite certainement pour se faire attraper par des inconnus ou des collègues, ce qui accroit leur désir, et dans leur tête ils se disent qu’ils pourraient être cet inconnu !

Le fantasme de l’hôtesse de l’air a la dent dure, il est plus fort que notre fatigue et notre envie de repos vital en escale pour nous remettre de ces heures de vols avalées et du décalage horaire accumulé. Si au moment du service du petit déjeuner, à la fin du vol, lorsque les passagers se réveillent un peu déboussolés et qu’ils ouvrent les yeux, nous sommes debout et souriantes, en apparence fraiche comme la rosée du matin, sachez que la seule chose à laquelle nous aspirons sous cette épaisse couche de maquillage, c’est rentrer chez nous, et dormir jusqu’au prochain vol !

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