Sorties en famille

Un jour j’ai cru te perdre

Un jour j’ai cru te perdre… Je me replonge avec une tendresse infinie dans mes souvenirs avec elle, l’été, dans le sud… La mer, le soleil, les cigales et des vacances en famille ! D’aussi loin que je me souvienne elle est là, elle veille sur nous. Quel courage, 5 enfants en déchaînés, turbulents comme des cousins qui se retrouvent enfin avec joie ! Quelques fois de la colère, mais toujours beaucoup d’amour…

Cavalaire, des fauteuils de plage, un grand sac pour les goûters, natte en paille pour se protéger du sable… Ses copines avec lesquelles elle discute en gardant toujours son oeil protecteur sur ses petits. Le retour avec détour obligatoire par le marchand de glaces, chez Janine, au cornet d’amour !

L’adolescence, ou du moins ses prémisses, sur la côte d’Azur, et les premières engueulades. Une petite robe noire qu’elle ne voudra jamais que je porte, alors que Fabrice m’attendait… Une sortie en douce, puis deux, puis trois, les nuits finies sur la plage… Un accident grave, le sommeil qui la prend au volant. Des béquilles, un voyage à Tahiti où on la malmène plus que de raison…

Retour en région parisienne, fin du soleil et de la plage. Un renouveau pour elle, une renaissance, un retour aux sources. La ville de son enfance. Plein de souvenirs, du bonheur, sa meilleure amie. Des habitudes, un petit appartement bien situé, des repas en famille, les fêtes, les anniversaires, encore de bien belles années…

Puis un décès, celui de son amie. Un gros coup pour elle, un drame, un choc. Et des pertes de mémoire… Des histoires qui reviennent sans cesse, les mêmes, le secret défense, son travail au ministère, la guerre, son petit appétit. Des fêtes oubliées, elle qui était si fière de n’en jamais rater une seule, puis les anniversaires. Plusieurs appels dans la journée pour dire la même chose, la même phrase, la même blague, la même question…

Un jour j’ai cru te perdre…

Le diagnostique posé, inéluctable, le mot allemand qui fait peur, la fin de l’autonomie. Je suis la seule près de chez elle, j’essaye de passer la voir fréquemment. Elle oublie l’hygiène… Elle se trompe de jour, elle erre dans la gare, se perd dans sa ville… La décision est prise, elle ne peut plus rester seule. Encore un départ, encore un changement. Direction le sud à nouveau, en famille.

Puis peu après la maison spécialisée, impossible de faire autrement, même pour ma tante qui est si forte, c’est impossible à gérer. La maladie progresse à une vitesse folle. Je lui présente mon fils, elle est heureuse, elle a toujours aimé les bébés, les bébés l’ont toujours aimée…

Une chute, terrible, dont elle se remet très difficilement. On fête ses 91 ans, elle est heureuse, même si elle oublie tout de suite qu’elle était entourée ce jour là. Une deuxième chute il y a quelques jours… La peur, l’angoisse terrible… Un jour j’ai cru te perdre… Mais tu es forte, coriace, je l’avais oublié! Je t’aime…

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